A Bruxelles, des poubelles strictement confidentielles

Bruxelles-Propreté a malheureusement consacré plus d'efforts à cadenasser l'usage du calendrier des poubelles qu'à développer un outil fonctionnel.

Par Bruno, 02-09-2017

En Région bruxelloise, l’open data est une réalité qui progresse bien. Le libre accès aux données publiques est une volonté politique au coeur de la stratégie Smartcity et les outils publics qui distribuent ces données sont gérés par des équipes professionnelles et à l’écoute (UrbIS, BruGIS, OpenDatastore, etc). Ici Bruxelles en est la preuve, permettant d’afficher pour chaque adresse bruxelloise une grande quantité d’informations, souvent issue de sources publiques.

Aucun problème pour utiliser sur nos pages les géométries précises des bâtiments bruxellois ou des vues aériennes vieilles d’un demi-siècle. Mais quand il s’agit d’afficher le jour de sortie des poubelles, c’est une tout autre histoire... Oubliez l’open data, les webservices accessibles en un clic et l’information immédiatement exploitable. Bruxelles-Propreté s’est donné du mal pour développer une API flambant neuve... mais fait tout pour que le calendrier des poubelles reste sa chasse gardée.

Jusqu’à récemment, le seul moyen de savoir quand sortir les poubelles consistait à remplir le formulaire du calendrier des collectes pour voir s’afficher une image jpeg de la collecte pour l’adresse voulue. Un système rudimentaire qui fonctionne pour le citoyen, mais qu'aucun développeur ne pouvait utiliser sans gaspiller d’énormes ressources (en théorie, on pouvait analyser les pixels pour repérer l’emplacement de chaque poubelle sur l'image et en déduire les dates de sorties...). D’où mes demandes depuis deux ans: récupérer au format texte les jours de sortie des poubelles pour une adresse donnée. Quelques octets envoyés, quelques octets reçus, quelques heures de développement à peine. En théorie.

Chaque page de la documentation est barrée en diagonale d'un texte rouge qui rappelle sa confidentialité. Ce qui m'interdit de montrer à quel point l'outil est mal conçu...

Quelle ne fut donc pas ma joie de découvrir qu’il était désormais possible d’accéder au “Calendrier de collectes porte-à-porte des ménages” via une API (service web). Les conditions d’utilisation ne semblaient pas respirer l’open data, mais il en fallait plus pour freiner mon enthousiasme ! Un mois, six signatures et deux envois recommandés plus tard, me voilà en possession de la documentation. Un texte rouge barre chacune des pages: “Ce document est la propriété d’ARP-GAN, protégé par des droits d’auteur et strictement confidentiel”. D'où le fait que je ne vous parle pas du système de login qui résume pourtant à lui seul l'absurdité de l'outil. Sachez juste que celui-ci est nécessaire pour demander un "token" à chaque requête, qui ensuite permet d’interroger l’outil via 5 paramètres obligatoires là où un seul suffirait. Manque de chance, l'un d'eux est un "identifiant d’adresse" qui n’existe nulle part (et n'est pas celui d'UrbIS, qui est pourtant utilisé pour trouver les bulles à verre). Game Over, utilisation impossible.

L’exemple de résultat fourni me fait surtout me demander si tout ça en vaut bien la peine. Même si je connaissais le fameux identifiant adresse inconnu, je devrais encore passer en revue les lignes renvoyées et chercher si l’une des 16 variables - de l'arbre de Noël aux vieux vêtements - vaut “true”, et le cas échéant convertir le "timestamp" fourni en jour de la semaine (un timestamp fictif basé sur celui qui est fourni par l’utilisateur, pas l’heure réelle de passage du camion...).

Je n’ose imaginer combien d'argent public a été dépensé pour une telle usine à gaz inutilisable, ni quelles sont les raisons invoquées pour cadenasser tout ça, mais pour être franc ça me rend furieux. Dire qu'il suffirait d'une simple couche cartographique dédiée (WMS/WFS), comme la Région en publie déjà des centaines...

La solution ? Une simple couche cartographique avec quelques attributs liés aux zones dessinées (jour de collecte pour chaque sac). Un outil visuel pour le citoyen, pratique pour le développeur, facile à modifier si nécessaire... et gratuit. Trop simple ?